Pour commencer

Pour commencer, persistons dans l’inachevé. J’ai ouvert l’armoire où j’avais déposé les cahiers, les feuillets dispersés. J’en ouvre un, je pince une page froissée, sortie de l’un des classeurs alignés, qui en imposent par leur verticalité. Mes ambitions passées me blessent autant que l’écriture déforme mes yeux. Les angles s’adoucissent quelques paragraphes plus bas, et une petite musique m’enveloppe. A nouveau, je reprends et ça commence, ça recommence. « Tout commence par » sont peut-être les trois mots que j’ai écrit le plus et que j’ai tus aussi, comme ils brûlaient. Je m’employais à ne pas réussir, au point de ne plus me souvenir de mon premier voeu : n’était-il pas de faire parler le silence ? Simplement cet improbable, impossible rêve ?

Pendant des années, j’ai cherché en l’écriture ce que je ne voulais pas. En premier chef, des méthodes, des règles. Des certitudes, surtout. Je voulais que ma langue soit aussi solide que je voulais le devenir moi-même.

Un jour, ma mère m’a dit que je n’écrirai pas. Elle voulait me rassurer, sans doute, me délester d’un poids. Plus tard, une autre mère m’a encouragé à écrire, mais elle craignait mes productions, elle les trouvait dangereuses. Elle m’a donc envoyé rencontrer une autre mère. Celle-ci m’a affirmé que je n’écrivais rien.

J’ai cru ces mères, puisqu’elles m’affirmaient toutes ce que je voulais entendre. J’ai commencé, recommencé, à écrire et à ne rien écrire.


 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *